vendredi, 16 janvier 2009

Pascal Sevran me manque, c'est tout

Oui, c'est ça, "My life is OK". Evidemment que rien n'est parfait, que tout pourrait toujours être mieux.
Mais franchement.
Quand je vois les médecins qui risquent leur vie à Gaza et ailleurs, ces gens qui s'investissent totalement dans les causes auxquels ils croient, j'ai honte.
Honte d'être heureuse dans mon petit confort, honte d'exercer un métier (du moins dans ma "spécialité") qui n'est pas essentiel, honte de larver devant des DVD, honte de ne pas avoir écrit à Lebene depuis des lustres, honte de ne pas prendre mon courage à deux mains pour faire quelque chose d'un peu vrai.
Pas (seulement) pour me donner bonne conscience, vraiment pas.

Hier, j'ai refermé "Les petits bals perdus" de Pascal Sevran. Son dernier journal. Pendant toute la lecture, même si j'avais en tête le spectre de son départ et qu'à chacune de ses légères notes d'espérance mon coeur se serrait, je me suis laissée bercer, comme chaque année, par le charme de son écriture, touchée, amusée et rassérénée par ses exaspérations et ses nombreux bons et beaux mots.
Et puis j'ai entamé les toutes dernières pages, celles que Philippe Besson a lues en hommage à son ami lors de son enterrement, en mai dernier. D'un souffle. Les larmes sont enfin venues.
Celles qui ont tant tardé depuis sa mort, comme si je n'y croyais pas vraiment. Comme l'a dit Philippe Besson, Pascal Sevran ne l'appellera plus. Je ne recevrai plus jamais de petit mot tendre en réponse aux miens.

Une série d'imbéciles se sont accrochés à sa "bite des noirs" pour l'accuser de tous les maux de la terre ou presque. Non seulement pas tendance (un beau compliement, en fait!) réac, mais encore raciste. Tiens donc. Il suffisait de lire quelques pages de n'importe lequel de ses journaux pour comprendre que ce mot ne faisait pas partie de son monde.

Rare sont ceux qui ont insisté sur le cri qui ne quittait pas son écriture quotidienne : que l'humanité soit à nouveau digne de ce nom, en prenant les mesures qu'il faut pour que les enfants du monde entier, qui n'ont demandé à personne d'arriver sur le plancher des vaches, soient heureux.

Peine perdue? C'est sûr que si on préfère broder des polémiques idiotes plutôt que d'appuyer son bon sens universel qui, malheureusement, n'a pas l'air d'intéresser les "grands" (?), on n'est pas sauvés.

mercredi, 08 octobre 2008

Eloge de la lenteur - Quand Proust balaie le temps

Non pas que j'aie envie de transformer mon bon Marcel en conchita, je n'oserais tout de même pas. En plus, allergique à tout comme il est, je serais bonne à partager ma boîte de Zyrtec avec lui en l'écoutant tousser.

Alors voilà, dimanche, j'ai fini Du côté de chez Swann. J'aurai mis du temps, parce que lire Proust ce n'est pas exactement lire... euh... un peu n'importe quel (bon) livre contemporain. Mais qu'est-ce que j'ai aimé! Savouré comme un caramel qui fond sur la langue, avec des sensations décuplées par le caractère matinal que prennent de plus en plus souvent mes lectures grâce à ces insomnies qui ne me quittent plus.


Cette capacité à écrire des phrases kilométriques "juste" pour décrire une sensation, sans aucun fait concret. "Des faits, on veut des faits, de l'action, on est en 2008 bordeldem", qu'ils disent. Tu parles.

Quel style. Bon Dieu, quel style. Je ne m'en remets pas. Aussi beau que ça, je ne vois pas. Peut-être Sylvie, souvenirs du Valois de Nerval ou quelques poèmes de Mallarmé. Mais le tour de force de Proust, c'est qu'il soit arrivé à produire du b.e.a.u qui remplirait plusieurs catalogues de la Redoute.

Dehors, tout va mal ou presque. Depuis mon PC et mon téléphone, connectée au monde, je subis la médiocrité de certains (j'ai bien dit: certains. Heureusement qu'il y a tous les autres).

Si je ne plie mais ne romps pas, c'est en partie parce que, depuis le velours de mon canapé, je sais que je peux m'envelopper dans A l'ombre des jeunes filles en fleur. Et qu'après, c'est encore 5 tomes complets, écrits tout petit petit, qui m'attendent dans cette recherche du temps perdu. Ce temps, je voudrais que ma housewife imaginaire ne l'ait jamais retrouvé.

 

mercredi, 28 mai 2008

Découvrir le temps perdu

J'aurai mis plus de 31 ans avant de poser mes yeux sur "A la recherche du temps perdu" (je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement je déteste qu'on dise "La recherche"... ça m'énerve. C'est comme les gens qui disent "C'est arrivé" pour "C'est arrivé près de chez vous". M'énerve).

Du temps où j'usais mes fonds de jeans sur les laides chaises des auditoires de l'ULB, écoutant passionnément ce qu'on me racontait des Filles du Feu de Nerval ("la résurrection d'un passé lointain dans un passé plus proche"), des avants-gardes du début du 20è siècle ou du Feu de Barbusse, arrivant dès l'ouverture de la Bibliothèque Royale - aka "L'Albertine" (toujours pas disparue, ahahah) - pour travailler à mon mémoire, je m'étais cantonné à la lecture un brin pénible - puisque hors de tout contexte - de son "Sur Baudelaire, Flaubert et Morand".

N'avais vraiment pas envie de lire sa prose, tout à mes lectures sur l'image de la ville dans la littérature moderne (love love love - Le paysan de Paris - love love love).

Mais voilà-t'y pas que j'ai enfin ouvert Du côté de chez Swann. Je suis dans la 2è partie, "Un amour de Swann". J'ai adoré "Combray". Et pour que je dise que j'adore quelque chose, c'est que je l'apprécie vraiment. Une banalité: quel style! Mon Dieu! Des phrases à n'en plus finir, qui s'engouffrent dans les recoins de la mémoire du narrateur et la nôtre. Ca me prend aux tripes. Ca faisait longtemps que je n'avais plus goûté au bonheur de passer des heures sur quelques pages. D'avancer très lentement.

A l'heure où pratiquement tout doit être prêt pour avant-hier, où je ne lisais pratiquement plus que des chroniques (genre le journal de Pascal Sevran), des romans courts (genre Olivier Adam) ou des romans fleuves faciles à lire (genre Tom Wolfe), je ne vais pas bouder mon plaisir, et sa-vou-rer.

Quand je pense que 6 tomes entiers m'attendent encore! Mon mois de juillet sous la brise (espérons), avec du Proust dans les yeux et les narines.
"Que du bonheur"... Benjamin Castaldi, sors de ce corps immédiatement!!!!!! Oulà... le clash TF1 - Proust qui vient de se produire dans mon petit cerveau rabougri... n'y étais pas préparée. 

  

mardi, 22 avril 2008

Pascal Sevran...

J'ai énormément de tendresse pour Pascal Sevran. Qui n'a pas lu son journal et ses livres précédents passe à côté de beaux moments littéraires et d'humanité.

Je suis heureuse de m'être levée ce matin en découvrant que "la rumeur selon laquelle Pascal Sevran est décédé est fausse, toutes nos excuses". Si j'avais regardé Ruquier hier, j'aurais été plongée dans un profond et sincère chagrin.

Je n'arrive même pas à me figurer qu'on puisse lancer une horreur pareille. Quel irrespect.
J'étais déjà catastrophée qu'on puisse essayer de faire de lui un raciste il y a quelques temps. Le grand n'importe quoi. Lisez et relisez ces passages, ils n'ont qu'un seul défaut dans l'hypocrisie ambiante : dire les choses telles qu'elles sont. Avec beaucoup d'attention pour l'autre, qu'il soit blanc, noir, jaune, vert ou rouge.

Je ne vais pas épiloguer ici.
J'espère juste, un peu naïvement, que Pascal Sevran ou un de ses proches passera par ici et recevra toute l'affection que je lui porte depuis de nombreuses années maintenant.

J'imagine qu'il ne va pas bien, je lui souhaite le meilleur de ce que son petit monde a encore à lui offrir.

Et je lui souhaite de nous ravir encore et encore, chaque début d'année, où nous sommes nombreux à trépigner chez le libraire.
Mais s'il n'en est plus capable, je me contenterai de le relire, et de lire ces auteurs auxquels, sans lui, je ne me serais pas intéressée : Jouhandeau, Berl, Chardonne.

Portez-vous bien, mon cher Pascal. On pense à vous.

samedi, 29 décembre 2007

2007 engloutie par les flots

Dans quelques heures, le PC bien loin et les téléphones fermés, nous serons ravis de commencer notre retraite en reniflant dans le froid d'une station Shell. Le coffre lourd de tout ce qui a le don de nous envelopper dans la ouate : de la bouffe, des livres et des DVD. 

Par quoi commencer? Jay Mc Inerney? Proust? Modiano? Siri Hustvedt? Paul Auster? Philip Roth? Jacqueline Harpmann? A moins que je ne cède à une razzia dans un bar-tabac à Wimereux.   

La truffe de Chloé retournera les dunes sans lassitude et ses grosses petites papates s'enfuieront sur le sable sec à chaque vague qui tentera de les atteindre. Elle nous lancera un furtif regard affolé avant de repartir de plus belle. 

Il y aura monsieur Le Poder, le salon encore froid et le gratin dauphinois qui chauffe. La chambre bleue et la chambre jaune.
Peut-être bien Julien Lepers dans la lucarne devant un paquet de cacahuètes enrobées et du champagne rosé. Certainement la saison 10 de Seinfeld. A coup sûr de l'humanisme devant Patrick Sébastien...

Dimanche, je partirai à l'aventure : et s'il y avait enfin une messe dans la petite église, là haut?

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Ce qui est certain c'est que, mardi matin, le souffle de 2008 se lèvera sur ma rue de la Mer.

Je vous souhaite une excellente année. Santé (sisisi, on ne rigole pas), amour, rire, ouverture d'esprit et libre examen. Ne pas créer de problèmes là où il n'y en a pas, il y a déjà assez d'éléments sur lesquels on n'a pas prise. 

J'enterre ce 2007 qui m'a laissé un goût d'impuissance dans la bouche. Je ne veux plus me réveiller avec le désagréable sentiment que tout va bien dans ma petite vie... alors que mes proches souffrent sans que je puisse y faire grand-chose.  

dimanche, 25 novembre 2007

Lui, Charlotte Simmons

ea31bdb7e00e839bd1e76c658bf68921.jpgOui bon, c'est surtout Tom Wolfe, un des plus grands écrivains américains contemporains. Au moins, oulaaaa, 1m80 et des rawettes (Shirley & Dino, sortez de ce corps... aaaaah uuurrrrggg wwwaannnmmmpppffff... voilà).

Mon exemplaire de "Moi, Charlotte Simmons", qui m'attendait depuis mon anniversaire de l'année dernière (ahuuuum), est plus qu'écorné.
Il ressemble à ce que j'imagine que pourrait être la bible d'un séminariste à qui on a interdit d'utiliser un stylo pour ses annotations et qui la transforme en une espèce d'improbable origami.

Je fais toujours ma maligne en disant (en moi-même... euh... ahum) que les romans américains actuels, c'est bien plus un souffle d'idées qu'un véritable style. "Wééééé, Frantzen, Donna Tartt et tout ça, wéééé, c'est vraiment bien... mais oui mais bon mais ça ne vaudra jamais, au niveau de l'écriture... euh... AU HASARD, VRAIMENT AU HASARD... Moderato Cantabile de Marguerite Duras". 

J'avais déjà fait une exception pour Philippe Roth. J'en ferai sûrement une pour Paul Auster (jamais lu. Toujours voulu, jamais ouvert). En tout cas j'en fais une nouvelle pour Tom Wolfe. Wowowowowow: juste sublime! Il parle djeuns parce que ses personnages sont des étudiants d'une université américaine, mais ses multiples "F words" et tout la clique ne font qu'amplifier la force de ses structures et animer le tourbillon que vit précisément son petit génie en expérimentant la vraie laïfe d'un des plus grands campus américains.

Je suis bouche bée.

Finalement, le bonheur, c'est comme un roman de Tom Wolfe.
Petit bonheur en brique qu'on voudrait déguster lentement... mais qu'on affonne tellement c'est bon!

jeudi, 08 novembre 2007

Mon chien Stupide

b2a6694cb1edd9c637e38564a65d44f3.jpg2h du matin et des poussières. Après mon aller-retour Esch-sur-Alzette - Bruxelles d'aujourd'hui, qui succédait à une nuit de 4h pour cause de petite Chloé qui rechute, je ne dors plus.

Chloé installée en boule entre mes jambes dans le canapé, je décide d'achever Mon chien Stupide, de John Fante. Aucun lien entre la situation et le livre, évidemment: tout le monde sait que Chloé a fait Harvard.
Le titre m'avait bien évidemment intriguée, et il n'avait guère fallu plus de 2 pages et la phrase "Elle était pourtant adorable, mon Harriett: 25 ans qu'elle tenait le coup à mes côtés ; elle m'avait donné 3 fils et 1 fille, dont j'aurais joyeusement échangé n'importe lequel, voire les 4, contre une Porsche neuve, ou même une MG GT 70" pour m'accrocher. 

Pari tenu: un style limpide et vif, des personnages attachants justement parce que leurs travers ne sont pas édulcorés. C'est juste une famille un peu marteau mais qui s'aime malgré les petits coups bas du quotidien. 

Une bonne manière de reléguer l'angoisse un peu plus loin.