jeudi, 03 décembre 2009
Verlaine - "Mon rêve familier" (Poèmes saturniens)
La dépression a ça de beau qu'elle ramène à l'essentiel.
En l'occurrence : je me retourne enfin, comme aimantée, vers mes classiques.
A part l'hollywooderie d'il y a quelques années, agréable même si forcément romancé et loin de la violence belle et suffocante de leur amour, je ne m'étais plus penchée du tout sur Rimbaud-Verlaine.
Ah si, c'est vrai. Il y avait eu aussi "Les jours fragiles" de Philippe Besson, qui revenait sur les dernières semaines d'un Arthur malade dont les secrets ne seraient jamais percés (heureusement). Quand je pense que Guillaume & Julie Depardieu auraient dû donner chair au poète et à sa soeur Isabelle, si le destin n'en avait pas décidé autrement! Ca aurait été si bien...
Et puis "Rainbow pour Rimbaud", du sympa Jean Teulé, bien que l'oeuvre soit presque totalement éclipsée au profit des aventures des 2 anti-héros.
C'est surtout "O Verlaine!", du même Jean Teulé et qui fait la part belle aux vers du Pauvre Lélian, qui m'a ramenée sur l'autoroute de la Polllllliésie (comme on dit à Verviers), alors que je suis longtemps restée sur la bande d'arrêt d'urgence, en auto-stoppeuse brandissant Nerval et les surréalistes alors que Verlaine, Rimbaud et Baudelaire passaient devant moi à grande vitesse sans que je daigne leur accorder plus qu'un regard.
"O Verlaine", qui décortique les calamiteux derniers mois de la vie du poète sans faux-semblants, présentant un génie tout à fait pathétique aux moeurs fort fort limite, parvient à installer le sentiment de Sublime (voisin du grotesque), qui transforme l'annonement en lettres qui fondent sur la langue.
Une envie de s'envelopper quand, à travers son Rêve familier, publié en 1866 (avant qu'il rencontre Rimbaud) ce n'est plus "une femme inconnue" qui aime et comprend ce poète "somme toute assez conformiste" comme on lit parfois, mais la fulgurance d'un amour aussi bref qu'intense, qui illuminera sa vie, rendant bien pâles les admirateurs du Quartier Latin témoins de sa déchéance.
Alors. On fait silence et on écoute:
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse? - Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
08:39 Publié dans Ces chers livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : verlaine, rimbaud, poésie, nerval, baudelaire, surréalisme, philippe besson, guillaume depardieu, julie depardieu, jean teulé, poèmes saturniens |
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